L'enfance, un statut mineur...

Enfantillages, gamineries, bêtises, caprices, puéril, futile, pleurnicher, chouiner, faire une crise, faire l’enfant, « un peu de sérieux », « t’es grand.e, maintenant », « c’est pas un jeu », « fais pas le bébé », « au dodo ! », « sois sage »… Cette liste de formules habituellement appliquées aux enfants en dit long sur la valeur que les adultes accordent à leurs actes, attitudes, comportements, expressions, à leur être. La qualification même de puérilité indique le peu de considération accordée aux choses enfantines. Les enfants, leurs émotions, leurs sentiments, leur parole, leurs désirs, leurs représentations, leurs goûts, leurs aversions, leurs demandes, leurs revendications ne sont pas pris au sérieux. Or, prendre au sérieux, c’est accorder de la valeur, prendre en considération, attacher de l’importance, considérer comme réel ou pertinent, reconnaître l’intérêt ou la légitimité.

Le concept d’enfance, le statut juridique de mineur ou l’existence de droits spécifiques à l’enfant (Convention relative aux droits de l’enfant), censés prendre les intérêts des enfants au sérieux, ne les protègent pourtant pas des atteintes plus ou moins graves à leur dignité qui persistent partout dans le monde. En plein développement, les enfants sont vus comme inachevés, incomplets voire incompétents ; des personnes, mais pas à part entière. D’une vulnérabilité relative, d’un inachèvement supposé, on conclut à une incapacité, ce qui implique souvent un retrait de droits élémentaires. En effet, les adultes invoquent l’argument de la vulnérabilité, qui nécessiterait une protection coercitive, pour imposer aux plus jeunes leur domination. Mais la cause de la soumission des enfants à l’ordre adulte, et que les adultes exploitent à l’envi, se réduit à leur dépendance physique et affective, et à leurs moindres force physique et capacités intellectuelles. Ainsi, les enfants sont une population opprimée ; et leur oppression est naturalisée alors qu’elle repose principalement sur la force et la manipulation. Or s’il n’était moins fort et moins « attaché » ou dépendant, aucun être vivant n’accepterait l’oppression.

La revue qui prend les enfants (et ceux qui l'ont été) au sérieux

Il ne s’agit pas pour autant d’abolir l’enfance mais d’en formuler et réaliser une nouvelle conception pour, in fine, montrer l’universalité de cette condition. C’est ce que se propose Enfantillage, média résolument positionné en défense des enfants, de leurs intérêts et de leurs qualités. Dans ce nouveau modèle, les intérêts et les besoins des enfants sont aussi impérieux que ceux des adultes et ne leur sont pas secondaires ou inférieurs. Les conflits d’intérêts ne sauraient être réduits dans une hiérarchisation. Pour être valides, les intérêts d’un enfant doivent être définis prioritairement du point de vue de l’enfant même et pas du point de vue de l’adulte. Dans ce nouveau modèle, l’enfance possède une valeur et des richesses qui lui sont propres et qui sont indispensables à l’adulte, comme la curiosité, la spontanéité, une certaine irrationalité. Il s’agira notamment, par sa valorisation, de permettre l’épanouissement et de favoriser la persistance d’un état d’enfance toute la vie durant. Car il n’y a pas d’adulte en soi, ni d’enfant en soi, seulement des caractères neurobiologiques et sexuels étouffés ici, et développés là ; l’enfant peut avoir beaucoup de l’adulte en soi, tout comme l’adulte peut avoir beaucoup de l’enfant en soi.

Ici, nous aborderons toutes sortes de sujets relatifs à l’enfance et à ses caractères, à la période primale, au développement humain : naître, s’attacher, grandir, jouer, apprendre, maîtriser, agir, vivre ensemble… Nous avons l’ambition d’imaginer et de proposer de nouveaux modèles relationnels pour les adultes, parents notamment, et les enfants ; des relations familiales et sociales écologiques, qui respectent la dignité et l’intégrité de chacun, et au-delà, celles de tous les êtres vivants.